Capsules d'info

Introduction

En complément de chacun des circuits-familles, « Passeurs de mémoire » propose des capsules d'info gratuites.

Cliponville

Église Saint-Martin de Cliponville.   

Jean-Baptiste-François Deschamps de La Bouteillerie naît à Cliponville en Normandie en 1646. Il est le fils du noble Jean Deschamps de Boishébert, seigneur de Costecoste, de Montaubert et des Landres, et d’Élisabeth Debain qui auraient eu au moins onze enfants.

 

De La Bouteillerie en Nouvelle-France

Son titre « de La Bouteillerie » vient de son aïeule paternelle, Suzanne La Bouteiller, dame de La Bouteillerie. Charles des Champs, seigneur de Bois Hébert, épouse Suzanne Le Bouteiller en 1586 à Cliponville. Il est seigneur de Beuzeville-le-Guérard, Bois Hébert et Escures. Suzanne est la fille du noble Charles Le Bouteiller, seigneur de La Bouteillerie.

Le projet de s’établir en Amérique se concrétise avec la promesse que le roi aurait faite à Jean-Baptiste-François de lui octroyer une terre. Celui-ci consent à investir son argent dans l’aventure. Il embauche des hommes et conclut avec eux un contrat en vertu duquel ils l’aideront à défricher une concession qu’il espère obtenir. « […] deux charpentiers, deux maçons, quatre manœuvres pour défricher des terres […] » l’auraient accompagné sur le navire Saint-Jean-Baptiste. Parti de Bordeaux le 22 mai 1671, le navire fait escale à Dieppe avant de se diriger vers Québec. Le seigneur Deschamps est originaire de Cliponville tout comme le pionnier Jacques Thiboutot. Ce dernier s’installe à Rivière-Ouelle durant la même période. Il côtoie sans doute les pionniers Robert Lévesque et Damien Bérubé, originaires des communes normandes voisines : Roquefort et Hautot-Saint-Sulpice. Ce n’est sans doute pas un hasard si on les retrouve ensemble à Rivière-Ouelle.

Un an après son arrivée à Québec, le 24 octobre 1672, Deschamps y épouse Gertrude Macard, fille de Nicolas Macard et de Marguerite Couillard. Quelques jours plus tard, l’intendant Talon lui concède la seigneurie de La Bouteillerie. Plusieurs personnages influents de cette époque de la colonie gravitent autour de la famille Macard-Couillard et forment un réseau qui inclut désormais Jean-Baptiste-François Deschamps.

 

Gertrude Macard

Gertrude, épouse de Jean-Baptiste-François Deschamps de La Bouteillerie, est la cinquième enfant d’une famille de six. Son père, Nicolas Macard, est originaire de Reims en Champagne. Il arrive en Nouvelle-France vers 1640 au titre de commis de la Compagnie des Cent-Associés. Gertrude connaît peu son père qui décède alors qu’elle n’a que quatre ans.

À Québec, le 12 novembre 1646, Nicolas Macard épouse Marguerite Couillard (1626-1705). Elle est veuve de l’interprète, explorateur et commis de la Compagnie des Cent-Associés Jean Nicolet, qui décède dans un accident de canot le 27 octobre 1642. Marguerite est mère de deux enfants en bas âge : Ignace et Marguerite Nicolet (1642-1722) qui épouse Jean-Baptiste Legardeur Derepentigny, membre du Conseil souverain. Elle est mère de 20 enfants avec Legardeur. 

 

Famille de Marguerite Couillard

Guillaume Couillard, monument Louis-Hébert, parc Montmorency, Québec.

La belle-mère de Jean-Baptiste-François Deschamps de La Bouteillerie, Marguerite Couillard née à Québec le 10 août 1626, est la deuxième enfant d’une famille de dix. Elle est la fille de Guillaume Couillard de Lespinay et de Guillemette Hébert, fille de Louis Hébert, apothicaire et cultivateur, et de Marie Rollet. « Guillemette est la fille de la première famille de colons de Québec. Avec son mari, Guillaume Couillard, elle lègue des terres à des fins charitables et religieuses, par exemple, à l’Hôtel-Dieu en 1659. Devenue veuve, elle vend à Mgr de Laval le terrain où sera construit le Petit Séminaire de Québec.  »

La famille Couillard est associée à la famille Hébert qui fait partie de la liste des immigrants comptant le plus grand nombre de descendants mariés. La postérité matrilinéaire de Louis Hébert et de Marie Rollet est aujourd’hui très nombreuse en Amérique ; on compte 4 592 descendants en 1800. Rappelons que le couple Hébert-Rollet n’a pas de fils.

 

Guillaume Couillard et Louis Hébert

Guillaume Couillard est charpentier et matelot pour la Compagnie des Cent-Associés à Québec. Arrivé dans la colonie en 1613, il figure parmi les pionniers de la Nouvelle-France. En 1628, Samuel de Champlain parle de lui avec éloges. Selon l’historien Benoit Grenier : « Guillaume Couillard […] connaît, par son mariage avec la fille de l’apothicaire Louis Hébert, une ascension sociale manifeste […] Au cours de sa vie, [il] apparaît incontestablement, en plus d’être le plus grand propriétaire terrien de son temps à Québec, comme l’un des principaux notables de la ville. »

 

Noblesse en Nouvelle-France

En Nouvelle-France, la noblesse est constituée soit par les nobles venus de France pour s’y établir, soit par des fils d’officiers ou des soldats anoblis, soit, plus rarement, par des pionniers anoblis par le roi pour services rendus à la colonie ; c’est le cas de Guillaume Couillard.

Depuis plus de cent ans, on n’hésite pas à affirmer dans les manuels scolaires que Louis Hébert est le premier colon de la Nouvelle-France. Les historiens qui voulaient faire la promotion de l’agriculture à l’époque de l’émigration aux États-Unis ont oublié que les premiers à faire de l’agriculture au Canada étaient des Autochtones.

Au printemps 1617, Louis Hébert embarque pour le Nouveau Monde avec sa femme et ses enfants. En 1622, il demande que la propriété de ses terres lui soit reconnue : le fief du Sault-au-Matelot devient de fait la toute première seigneurie concédée en Nouvelle-France. On y ajoute plus tard le fief Saint-Joseph, connu sous le nom de fief de Lespinay. Guillemette en héritera. Les Couillard possèdent plusieurs seigneuries notamment celles de Beaumont et de Lespinay, puis ils développent celle de la Rivière-du-Sud à partir de 1654. Ils sont seigneurs et coseigneurs de la Rivière-du-Sud de 1654 à 1759, soit durant plus de cent ans.

 

Louise Couillard et Olivier Letardif

Hommage à Olivier Le Tardif, Château-Richer. (Familles Tardif d’Amérique, photo : Julia Saxby Stevens)

Louise Couillard, tante de l’épouse de Jean-Baptiste-François Deschamps de la Bouteillerie, est mariée à Olivier Letardif (Tardi). Ce dernier est présent dans la colonie au moins depuis 1621 comme interprète, commis général de la Compagnie des Cent-Associés et juge prévôt de la seigneurie de Beaupré.

Dans sa biographie, l’historien Marcel Trudel rappelle que « Letardif collabore au travail missionnaire : il appuie les Jésuites, sert de parrain à des indigènes, administre même le baptême et, fidèle à l’exemple de Champlain, adopte trois jeunes Amérindiens ». Olivier Letardif est l’ancêtre des Letardif ou Tardif d’Amérique.

 

Louis Couillard de l'Espinay

Louis Couillard de l’Espinay, oncle de l’épouse de Jean-Baptiste-François Deschamps de la Bouteillerie, épouse Geneviève Després en 1653. Aventurier, pêcheur et chasseur, il achète, l’année de son mariage, la part de Jean de Lauzon dans la seigneurie de la Rivière-du-Sud y compris l’île aux Oies et l’île aux Grues. Ses lettres de noblesse lui sont accordées en mars 1668, mais ne sont pas insinuées au Conseil souverain. La même année, il donne en dot la moitié de l’île aux Oies et de l’île aux Grues à sa fille Jeanne et concède la seigneurie de l’Isle-Rouge (en face de Tadoussac) et de la Rivière-au-Saumon (en face de l’île Verte). En 1678, à son décès, sa part de la seigneurie de la Rivière-du-Sud passe à sa veuve Geneviève Després et à leur fils Jean Baptiste.

 

Élisabeth Couillard

En 1634, à l’invitation de Robert Giffard, le maître maçon percheron Jean Guyon du Buisson s’embarque pour la Nouvelle-France. Sa femme Mathurine Robin et leurs huit enfants le suivront.

Leur fils, Jean Guyon du Buisson, épouse Élisabeth Couillard tante de l’épouse de Jean-Baptiste François-Deschamps de la Bouteillerie, en 1645 à Québec ; le couple a 12 enfants. Dès 1650, il obtient une concession à Château-Richer. Jean (fils) est le premier arpenteur formé au pays. L’archiviste Honorius Provost précise que Guyon exerce en avril 1662 avec le titre d’arpenteur pour la seigneurie de Notre-Dame-des-Anges et que, plus tard, il porte le titre d’« arpenteur du roi en ce pays ».

 

Marie Couillard et François Bissot (Byssot)

Arrivé dans la colonie au moins depuis 1639, Bissot s’établit sur la côte de Lauzon. Il s’associe à Guillaume Couture et, en 1648, devient le deuxième habitant européen de la seigneurie de Jean de Lauson, père. La même année, il épouse Marie Couillard avec qui il a 12 enfants. Leur fille Claire-Françoise épouse Louis Jolliet en 1675.

Bissot se distingue dans la magistrature (procureur fiscal de la seigneurie, juge prévôt…). Il s’occupe de chasse et de pêche. En 1661, il reçoit de la Compagnie des Cent-Associés la première concession accordée sur la côte nord du Saint-Laurent. En 1664, Lauson aurait donné à Bissot une nouvelle concession pour services rendus à la Pointe-Lévy. Il y construit la première tannerie de la colonie. En 1671, il reçoit de Talon des concessions de pêches et, en 1672, on lui concède la seigneurie de Vincennes.

 

Catherine Couillard et Charles Aubert de La Chesnaye

Charles-Aubert de La Chesnaye est né à Amiens. Il se marie trois fois. Le 6 février 1664, à Québec, il épouse Catherine Couillard, fille de Guillaume et de Guillemette Hébert et tante de l’épouse de Jean-Baptiste-François Deschamps de la Bouteillerie. Catherine décède en 1664. Ils ont un fils, Charles, mort au combat en France dans les années 1690.

En 1668, à Québec, il épouse Marie-Louise Juchereau de Laferté, fille de Jean et de Françoise Giffard. Ils ont six enfants. Enfin, en 1680 à Québec, il épouse Angélique Denys, fille de Pierre Denys, sieur de la Ronde, et de Catherine Le Neuf, fille de Jacques Leneuf de La Poterie, gouverneur intérimaire de la Nouvelle-France. Ils ont onze enfants. Des 18 enfants nés de ces trois mariages, 11 atteignent l’âge adulte. Parmi sa nombreuse descendance, on compte l’écrivain Philippe Aubert de Gaspé.

 

L'entrepreneur de La Chesnaye

Charles Aubert de La Chesnaye. (Centre d’exposition de Val-d’Or)

Marchand, commerçant de fourrures (propriétaire de postes de traite, à Rivière-du-Loup et en Acadie), financier, seigneur et membre du Conseil souverain, il devient le plus riche homme d’affaires de la Nouvelle-France au XVIIe siècle. Mais, en grande partie, à cause de sa générosité proverbiale, ses héritiers ne bénéficieront pas de toutes les richesses qu’il avait acquises à force de travail acharné et d’ingéniosité. Son rôle dans l’essor économique de la colonie est considérable (commerce de fourrures et autres, finance, agriculture, pêche). Il est également l’un des plus importants propriétaires fonciers de la colonie. Il possède de nombreuses seigneuries. La Chesnaye va massivement investir dans la terre et certainement devenir alors l’un des principaux propriétaires terriens.

Ses principaux fiefs sont Repentigny, Rivière-du-Loup, Kamouraska et les seigneuries des environs de Québec. Il est anobli par Louis XIV le 24 mars 1693. L’historien Yves F. Zoltvany rappelle : « Bien que né simple roturier, à son nom de Charles Aubert il ajoute celui de La Chesnay ». Plusieurs lieux portent son nom : une rue « de La Chesnaye » à Québec, une rue « Aubert de La Chesnaye » à Rivière-du-Loup, l’ancienne ville de Lachenaie (fusionnée avec Terrebonne) ainsi que le rang « Charles-Aubert » dans ce secteur. Ses enfants et descendants porteront le patronyme Aubert.

 

Descendants

Jean-Baptiste-François Deschamps et Gertrude Macard ont six enfants, comme l’illustre le tableau généalogique. Nous ne savons pas ce qu’il advient de leur fils Jean-Baptiste, né en 1673 ni du troisième fils également prénommé Jean-Baptiste, né en 1676. Le recensement de 1681 indique que seuls les trois jeunes fils sont à la maison : Charles (sept ans), Jean (cinq ans) et Louis (trois ans).

Charles Deschamps, second fils de Jean-Baptiste-François Deschamps et de Gertrude Macard, voit le jour le 31 juillet 1674 à Rivière-Ouelle. Il portait aussi le prénom de Charles-Joseph et aurait été baptisé par l’abbé thomas Morel le 18 août de la même année. Il serait décédé à l’Hôtel-Dieu de Québec le 24 février 1726 à 52 ans et aurait été inhumé dans la cathédrale vers le milieu du chœur. Son frère Louis-Henri hérite de la seigneurie et adopte le nom de Boishébert.

Gertrude Macard a 24 ans lors de son décès à Rivière-Ouelle le 20 novembre 1681. Le même jour décède Marie Miville, six ans, benjamine de Jacques Miville et de Catherine Baillon. En retournant vers Québec, le missionnaire, Thomas Morel inscrit dans le registre de L’Islet ces grands malheurs frappant le seigneur Deschamps et l’un de ses censitaires. Tout Rivière-Ouelle est en deuil, un deuil que portera pendant vingt ans, Jean-Baptiste-François, le Normand qui, de son cœur généreux a décidé de créer une minuscule partie de la Nouvelle-France, ce pays dont nous sommes les héritiers reconnaissants.

 

Henri-Louis Deschamps de Boishébert

Henri-Louis Deschamps de Boishébert. (Ville de Montréal)

Le quatrième fils de Jean-Baptiste-François Deschamps et de Gertrude Macard, Henri-Louis, s’engage dans les troupes de la marine, vers la fin des années 1690. En 1710, il est choisi pour conduire les renforts envoyés en Acadie. Au retour, il travaille à Québec.

Henri-Louis, héritier de la seigneurie, séjourne peu à Rivière-Ouelle, mais s’intéresse à l’exploitation de sa seigneurie. Selon l’historien Zoltvany, « […] en 1721, le gouvernement accorda en commun à Boishébert et Philippe Peire les droits exclusifs de la pêche au marsouin, au large de La Bouteillerie et de Kamouraska, ainsi qu’une subvention […]. L’entreprise fut, malheureusement, peu prospère et le gouvernement lui retira son appui en 1732. »

Henri-Louis épouse, le 10 décembre 1721 à Montréal, Louise-Geneviève de Ramezay, et s’allie ainsi à une éminente famille. Son beau-père, Claude de Ramezay arrive dans la colonie en 1685 comme lieutenant de la marine. Il devient commandant, seigneur et chevalier de Saint-Louis, gouverneur de Trois-Rivières et onzième gouverneur de Montréal.

Henri-Louis prend le nom de Boishébert, un ancêtre de sa famille, et ses descendants le portent également. On le connaît sous le nom d’Henri-Louis Deschamps de Boishébert, de Louis-Henri Deschamps de Boishébert, de Sieur Louis des Champs de Boishébert et d’Henri-Louis de Boishébert. Charles, père, décède le 6 juin 1736 à Québec. Louise-Geneviève décède à Québec le 13 octobre 1769.

POUR EN SAVOIR DAVANTAGE, consultez en ligne la biographie d’Yves F. Zoltvany, « DESCHAMPS DE BOISHÉBERT, HENRI-LOUIS », dans le Dictionnaire biographique du Canada, en cliquant ici.

 

Louise-Geneviève de Ramezay

Louise-Geneviève et son mari Henri-Louis Deschamps s’établissent à Québec ; ils ont cinq enfants. Deux filles se marient et une devient religieuse. Un seul fils parvenu à l’âge adulte, Charles, prendra les rênes de la seigneurie au décès de sa mère.  

Des femmes dirigent d’immenses domaines en Nouvelle-France. Méconnues, des veuves deviennent seigneuresses exercent des fonctions réserves aux hommes, au décès de leurs maris, leurs pères ou leurs fils. Selon Benoît grenier, 25 % des seigneuries de la Nouvelle-France auraient été administrées par des femmes à un moment ou l’autre de leur histoire pensons à Madeleine de Verchères, seigneuresse de Sainte-Anne-de-la-Pérade, Marie-Anne-Juchereau seigneuresse de La Pocatière, Marie-Catherine Peuvret, seigneuresse de Beauport pour ne nommer que celles-là.

Louise-Geneviève de Ramezay de Boishébert a 37 ans au décès de son époux et elle assume la responsabilité de quatre enfants âgés de 11 à 8 ans. Elle aurait pu se remarier ou confier la gestion de la seigneurie à une personne de confiance. Mais, elle prend les rênes et dirige la seigneurie de La Bouteillerie depuis Québec. 
Au cours des ans, elle s’implique dans les activités de pêche, vend le droit de bac sur la rivière et la jouissance du moulin seigneurial. Afin de s’assurer une certaine sécurité financière, elle adresse un placet au comte de Maurepas et, rappelant les états de service de son mari récemment décédé, elle demande une pension pour l’aider à subvenir aux besoins de sa famille. Voulant augmenter ses revenus, elle se fait concéder pour dix ans, par Beauharnois et Hocquart, respectivement gouverneur et intendant de la Nouvelle-France, un terrain sur la côte du Labrador pour y faire la pêche au loup-marin.

En 1750, c’est au titre de seigneuresse que Louise-Geneviève demande au marquis de la Jonquière et à l’intendant François Bigot que son domaine soit agrandi. Ils lui concèdent deux lieues de front sur deux de profondeur à prendre au bout de la profondeur de sa seigneurie ce qui repousse ses limites à la municipalité actuelle de Saint-Gabriel-Lalemant.

Le 9 septembre 1759, lors de la guerre de la Conquête, les troupes anglaises débarquent à Kamouraska. Mercredi le 12 les troupes quittent Cap au Diable et se rendent à l’embouchure de la rivière Ouelle en brûlant 55 bâtiments. Le lendemain ils font un prisonnier, brûlent 216 bâtiments, une goélette et six chaloupes en remontant la rive est de la rivière. Le 14, ils marchent sur Sainte-Anne-de-Beaupré, brûlant 151 bâtiments. Cet épisode passera à l’histoire sous le nom de l’année des Anglais. De Québec, elle dirige les destinées de la seigneurie jusqu’à son décès en 1769. Son fils Charles Deschamps de Boishébert et de Raffetot, dernier seigneur de la famille, lui succède. Avec le négociant Guillaume-Michel Perreault qui achète la seigneurie en 1774, commence une nouvelle ère.

 

Charles Deschamps de Boishébert et de Raffetot

Charles Deschamps de Boishébert et de Raffetot [1727-1797]. (Musée McCord, M967.48)

Charles, fils d’Henri-Louis et de Louise-Geneviève de Ramezay, s’engage à 12 ans dans la marine ; son nom apparaît sur une liste de cadets le 1er octobre 1739. En 1742, il entre dans la garnison de Québec comme sous-aide-major. Il se distingue dans les campagnes de la guerre de Succession d’Autriche et de la guerre de Sept Ans.

Après la Conquête en 1760, Charles épouse à Cliponville sa cousine Charlotte-Élisabeth-Antoinette Deschamps de Boishébert et de Raffetot et y habite dans le domaine de sa femme. Ils ont un fils qui poursuit la lignée en France. Il fait l’acquisition d’un domaine à Raffetot, non loin de la demeure ancestrale de sa famille à Cliponville. Il devient maire de Raffetot et décède à cet endroit le 9 janvier 1797. Une stèle à sa mémoire s’élève en face de l’hôtel de ville, à côté de l’église.

En Nouvelle-France, la lignée Deschamps s’éteint après quelques générations. Les Deschamps de Boishébert vivent en France et sont les descendants du frère de Jean-Baptiste, Adrien.

POUR EN SAVOIR DAVANTAGE, consultez en ligne la biographie de Phyllis E. LeBlanc, « DESCHAMPS DE BOISHÉBERT ET DE RAFFETOT, CHARLES », dans le Dictionnaire biographique du Canada en cliquant ici.

 

Jeanne Chevalier

Veuf depuis 20 ans, Jean-Baptiste-François Deschamps songe à refaire sa vie. Il se souvient de Jeanne Chevalier, l’une des nombreuses Filles du roi ayant fait la traversée en même temps que lui en 1671. Il l’a revue plusieurs fois depuis à Rivière-Ouelle, puisqu’elle a épousé Robert Lévêque, l’un de ses censitaires. Le 5 avril 1701, il l’épouse enfin.

Peu après son arrivée dans la colonie, en 1671, Jeanne Chevalier avait épousé Guillaume Lecanteur, un Normand comme elle. Lecanteur décède en 1678. Il aurait laissé Jeanne avec au moins deux enfants et des dettes. Elle est veuve depuis peu lorsqu’elle épouse Robert Lévesque, le 22 avril 1679.

Censitaire de Deschamps depuis les premières années de la seigneurie, Lévesque est originaire d’Hautot-Saint-Sulpice en Normandie, une commune voisine de Cliponville. Lévesque décède en laissant à Jeanne un vaste domaine. Robert et Jeanne donnent naissance à six enfants. Trois décèdent en bas âge et trois laissent une descendance : François-Robert, Pierre-Joachim et Joseph. Robert Lévesque partage la vie de Jeanne durant 20 ans et il décède en 1699. Jeanne Chevalier est l’ancêtre de 70 % des Lévesque du Québec.

Enfin, Jeanne Chevalier épouse, en troisièmes noces, Jean-Baptiste-François Deschamps, seigneur de La Bouteillerie. Il meurt le 15 décembre 1703, deux ans et demi après leur mariage. Elle est inhumée le 25 novembre 1716 à Rivière-Ouelle ; elle a 73 ans. Depuis 2017, une plaque honore sa mémoire à Dieppe.

POUR EN SAVOIR DAVANTAGE, suivez les traces de la famille Lévesque en cliquant ici et procurez-vous le circuit généalogique PASSEURS DE MÉMOIRE qui lui est consacré.

 

Fille du Roi

L’arrivée des jeunes filles françaises à Québec, 1667. (Bibliothèque et Archives Canada, R2739-2-8-E)

En 2017, Lynne Lévesque, une Américaine originaire du New Hampshire, consacre un livre à son aïeule Jeanne Chevalier. Elle y rapporte que l’intendant Talon recherchait des « filles [du roi] accoutumées à la dure vie rurale. Elle cite : il serait bon de recommander fortement que celles qui seront destinées pour ce pays ne soient aucunement disgraciées de la nature, qu’elles n’aient rien de rebutant à l’extérieur [et] qu’elles soient saines et fortes pour le travail de campagne […]. »

Jeanne Chevalier arrive avec le contingent de 1671 en provenance de Dieppe avec plusieurs autres filles. Jeanne a 28 ans et elle est parmi les plus âgées. Célibataire, elle apporte la dot du roi augmentée par celle de ses parents. Jeanne est accueillie par Anne Gasnier qui recrute en France des femmes désireuses de fonder un foyer en Nouvelle-France et les y accompagne.

L’arrivée des Filles du roi est un événement désigné au registre du patrimoine culturel du Québec. On y lit : « Pendant dix ans, elles sont entre 764 et 1 000 à profiter de cette initiative royale et à s’installer dans la colonie. Le taux de natalité en Nouvelle-France atteint alors les 63 naissances par 1 000 habitants. Conséquemment, les Filles du roi ont largement contribué à faire doubler la population coloniale de 1666 à 1672. »

 

Seigneurie de La Bouteillerie

Plaque commémorative, seigneurie de La Bouteillerie, cimetière Notre-Dame-de-Liesse. (Municipalité de Rivière-Ouelle)

En 1686, 12 seigneuries sont concédées entre Saint-Jean-Port-Joli et L’Isle-Verte. Six, dont Kamouraska (1674), sont la propriété de Charles Aubert de La Chesnaye, oncle par alliance de Deschamps, la première épouse de La Chesnaye étant la tante de Gertrude Macart. Quatre ont été concédées à la famille Juchereau, dont Les Aulnaies ou La Grande-Anse (1656), La Pocatière (1672) et Saint-Denis (1679). La seigneurie de L’Islet du Portage (1672) est concédée à Pierre Bécard de Grandville, parent par alliance de Deschamps, la première épouse de La Chesnaye étant la tante de Catherine Gertrude Macart.

Enfin, la seigneurie de La Bouteillerie est concédée à Deschamps (1672). L’historien Paul-Henri Hudon divise les seigneurs de l’époque en trois catégories : le seigneur soldat, le seigneur colonisateur et le seigneur entrepreneur/spéculateur. Deschamps appartient à la première catégorie et Grandville, à la seconde.

La seigneurie de La Bouteillerie se bâtit en bordure de la rivière et non près du fleuve.  Les premières concessions de terres sont situées sur la pointe de la rivière Ouelle. Les premiers colons à qui Deschamps y concède des terres sont le maçon Galeran Boucher, Damien Bérubé, le charpentier Robert Lévesque, le boulanger Jacques Thiboutot, Pierre Hudon dit Beaulieu, Pierre Dancause, Michel Bouchard…

Le seigneur Deschamps et son épouse sont engagés dans leur communauté. Cet engagement s’illustre notamment par leur présence aux baptêmes des enfants des différentes familles de la seigneurie. Par exemple, en 1673, Galeran Boucher et sa femme Marie prénomment leur fille Catherine-Gertrude et le seigneur et son épouse sont présents au baptême. Marie Boucher, fille de Galeran, et son mari Jacques Thiboutot de même que Robert Lévesque sont présents au baptême du dernier fils du seigneur Deschamps à L’Islet le 20 novembre 1681.

La seigneurie se développe rapidement. En 1684, Deschamps cède une partie de son domaine afin que soient construits une église et un cimetière. La première chapelle est construite en 1685 et un prêtre réside dans la paroisse. Cette même année, le seigneur a déjà son manoir sur un domaine qu’il a défriché et qu’il cultive.

 

Décès du seigneur Deschamps

Épitaphe de François Deschamps de La Bouteillerie, cimetière Notre-Dame-de-Liesse, 2019. (Photo : Parcours Fil Rouge)

La contribution du seigneur Deschamps au développement de sa seigneurie ainsi que la nature des liens qu’il entretient avec ceux et celles qui l’habitent lui confèrent une place toute spéciale dans l’histoire de Rivière-Ouelle.

Deschamps décède le 15 décembre 1703, probablement des suites d’une épidémie de variole qui sévit alors en Nouvelle-France. On l’inhume sous la première église de Rivière-Ouelle, privilège généralement réservé́ aux curés, mais aussi aux notables, aux membres des familles seigneuriales et aux familles fortunées. Son corps n’est pas exhumé lors de la démolition de l’église qui s’étend de 1792 à 1794.

Au décès de Jean-Baptiste-François Deschamps, la seigneurie passe à ses fils, l’abbé Charles-Joseph Deschamps et Henri-Louis Deschamps. On érige une stèle à sa mémoire sur les ruines du site de l’église, sur cette terre qui fut son domaine propre puis celui de l’église paroissiale.

POUR EN SAVOIR DAVANTAGE, consultez en ligne la biographie de Nive Voisine, « DESCHAMPS DE LA BOUTEILLERIE, JEAN-BAPTISTE-FRANÇOIS », dans le Dictionnaire biographique du Canada en cliquant ici.

POUR EN SAVOIR DAVANTAGE, rendez-vous à l’entrée du cimetière de Rivière-Ouelle pour y découvrir le Mémorial situé dans le Parc des ancêtres. Son plan et ses listes sont conçus pour faciliter la recherche des défunts et leur localisation. Le Mémorial évoque aussi plusieurs éléments inscrits dans ce secteur d’intérêt historique.

 

POUR EN SAVOIR DAVANTAGE, procurez-vous le circuit généalogique passeursdememoire.com consacré à la famille Deschamps en cliquant ici et procurez-vous le premier livre de la collection historique PASSEURS DE MÉMOIRE, Le Kamouraska et la Grande‑Anse, en vous rendant sur le site Web Parcours Fil Rouge. Publié aux Éditions GID, ce premier titre embrasse le territoire du Kamouraska avec une incursion à l’ouest soit le littoral du fleuve Saint-Laurent, de Saint-André à Saint-Roch-des-Aulnaies, couvrant jusqu’aux terrasses du piémont et à l’arrière-pays.